La réforme de l’éducation nationale : Intervention de Lydia Bernet

Lors de la dernière réunion de la Commission Administrative de Section, il nous est apparu intéressant de faire un point sur ce sujet d’actualité, qui soulève contestations et manifestations dans l’opinion publique depuis plusieurs mois maintenant.

Cette réforme est d’une grande ampleur. Elle va :

  • de la suppression de la carte scolaire,
  • à la réforme des lycées et de l’école primaire,
  • en passant par le service minimum d’accueil en primaire,
  • la modification du rythme scolaire,
  • le projet de décret concernant les EPEP (Etablissement Public d’Enseignement Primaire)
  • avec en point d’orgue la question des suppressions de postes (13000 postes supprimés ou non renouvelés à la rentrée scolaire 2009 : 35% de départ à la retraite, 4450 postes de stagiaires supprimés) alors même que l’effectif des élèves en primaire est prévu par le ministère à la hausse de 16000 enfants supplémentaires.

Un exposé détaillé et exhaustif de ce que prépare globalement le gouvernement serait beaucoup trop long.

La Commission Administrative de Section m’a donc demandé d’examiner  2 points précis de cette réforme :

  • les RASED
  • et l’école maternelle.

Pourquoi ces 2 points en particulier ?

Parce qu’à bien y regarder, 2 métiers sont actuellement en train d’être supprimés de l’Education Nationale par les députés et le gouvernement :

les enseignants spécialisés travaillant dans les RASED,

ainsi que les professeurs de maternelle chargés des tout-petits.

Commençons par le 1er point :

I- les RASED :

Qu’est-ce que les RASED ?

Ce sont les Réseaux d’Aides Spécialisées aux Elèves en Difficulté.

Ils ont été créés en 1990 pour venir en aide aux élèves en difficulté « sur le temps scolaire, et en étroite collaboration avec les parents, les enseignants et les partenaires extérieurs ».

L’équipe d’un RASED est constituée de trois catégories de professionnels titulaires de diplômes spécifiques :

  • les enseignants spécialisés chargés de l’aide à dominante pédagogique (qu’on appelle psychopédagogues ou maîtres E),
  • les enseignants spécialisés chargés de l’aide à dominante rééducative (appelés rééducateurs ou maîtres G),
  • et les psychologues de l’Education Nationale.

En tout les RASED comptent 15 000 professionnels, dont 3 000 psychologues et 11 500 enseignants. Les personnels des RASED interviennent sur un réseau d’écoles publiques, comme privées.

Les enseignants travaillent avec de petits groupes d’élèves (3 à 6 en moyenne) pour des prises en charge hebdomadaires (1 à 2 fois par semaine) d’une durée de 40 à 45 minutes. Celles-ci sont contractualisées par un projet d’aide signé entre l’enfant, les parents, l’enseignant de la classe et l’enseignant spécialisé.

Le RASED est donc un dispositif ressource au service de tous les élèves. Placé sous l’autorité de l’inspecteur de l’Education nationale de circonscription qui garantit la cohérence de ses actions avec les orientations départementales, le RASED s’inscrit dans une politique globale de réussite scolaire.

Aujourd’hui, que se passe-t-il ?

Les Réseaux d’Aides Spécialisées aux Elèves en Difficulté sont menacés :

  • dans leurs moyens, par une diminution inquiétante du nombre de postes spécialisés,
  • dans leur renouvellement, par l’insuffisance de départs en formation de spécialisation,
  • dans leur fonctionnement, puisque de nombreux RASED sont incomplets et ne peuvent pas proposer aux élèves les aides spécialisées nécessaires.
  • par la confusion entre les aides spécialisées du RASED et l’aide personnalisée apportée par les enseignants des classes.

Dans ce contexte difficile, que propose le gouvernement ?

Eh bien, se sont d’ors et déjà  3 000 postes de maîtres E et de rééducateurs qui sont supprimés au projet de budget 2009 , ce qui conduit à priver 150 000 élèves d’aides effectuées dans le cadre du RASED, et qu’il est prévu la disparition complète des RASED en 3 ans.

Ces enseignants spécialisés seront en fait réaffectés dans des classes ordinaires et la seule aide qui sera apportée aux élèves en difficulté sera le soutien apporté par les instituteurs  non spécialisés.

Les arguments principaux officiels du gouvernement pour justifier le démantèlement des RASED sont les suivants :

  • 15% des enfants quittent l’école primaire sans avoir acquis les fondamentaux qui permettent de suivre au collège => l’action des RASED serait donc inefficace,
  • la mise en place de 60 heures annuelles «d’aide aux élèves rencontrant des difficultés scolaires », autre point de réforme,  permettra à ces 15% d’élèves d’avoir une aide individualisée de 2 heures par semaine.

Le second point concerne :

II- L’école maternelle :

Que veut faire le gouvernement ?

Il veut renouveler les missions de l’école maternelle qui doit notamment jouer tout son rôle dans la réussite scolaire  et maintenir sa fonction éducative (cela sonne plutôt bien…), c’est-à-dire ne pas se réduire à une fonction de garde pour les plus petits.

La scolarisation des tout-petits est donc clairement remise en cause. Les classes des 2 ans seraient remplacées par des « jardins d’éveil » privés ou à la charge des collectivités locales et donc payants.

Le gouvernement s’appuie sur le rapport de la sénatrice Monique Papon présenté le 4 novembre 2008 dont les principales conclusions sont :

  • la classe de très petite section répondrait mal aux besoins des enfants de 2 ans (locaux inadaptés, effectifs importants, horaires trop contraignants)
  • pas de spécificité « petite enfance dans la formation des enseignants
  • baisse du nombre d’enfants de moins de 3 ans scolarisés

Les auteurs du rapport souhaitent supprimer un outil d’intégration scolaire et donc sociale pour l’échanger contre un système privé payant.

Le gouvernement nie ainsi qu’une scolarisation précoce dans de bonnes conditions (et qui n’a rien à voir avec une quelconque surveillance de sieste ou autre change-culotte) est facteur de réduction des inégalités sociales.

L’école maternelle joue un rôle éducatif essentiel. C’est le passage de la sphère privée familiale à l’espace public. C’est aussi l’entrée dans le langage, une clé de la réussite scolaire. Cela nécessite un état qui s’engage massivement dans une petite enfance encadrée et accompagnée par de vrais professionnels. C’est la condition fondamentale pour la réussite de l’école toute entière.

En conclusion, on peut dire que les réformes en cours de l’EN par le gouvernement sont sous-tendues par une philosophie avec 2 idées qui sont:

  • l’organisation du désengagement de l’Etat pour favoriser les établissements scolaires privés (moins de suppression de postes dans le privé, soutien de l’Etat à la création d’établissements privés dans le cadre du plan banlieue, extension de la contractualisation avec l’état aux établissements publics)  qui ne seraient plus là dans une logique de complémentarité mais dans une logique de concurrence. Avec l’idée qu’il suffit de mettre en concurrence les établissements et les élèves pour régler les problèmes,
  • ensuite une logique purement gestionnaire de réduction des dépenses : j’en veux pour seul exemple l’intervention sur Europe 1 le 4 septembre 2008 de Luc Ferry qui explique très tranquillement comment la question de la dette publique est fondamentale, que l’EN ne doit donc pas être exemptée d’un effort budgétaire, étant donné le nombre de fonctionnaires dans cette maison.

Là encore, c’est négliger le coût social de l’échec scolaire. L’éducation nécessite un investissement à long terme.

On ne peut que constater que la lutte contre l’échec scolaire et pour une vraie égalité des chances au sein de notre école n’est plus une priorité.

Que propose le PS ?

Il n’y a pas à ma connaissance de contre-propositions détaillées mais vous trouverez dans le dernier Hebdo des Socialistes en page 21 les premières pistes de réflexion autour de l’école que propose notre parti.

Je ne vais pas les lister maintenant.

J’en ai cependant retenu 3 qui me semblent prendre tout leur sens par rapport aux problèmes évoqués :

  • tout d’abord, l’amélioration de la formation pour tous les enseignants en maternelles,
  • rendre la scolarité obligatoire à partir de 3 ans,
  • rétablir les moyens supprimés par la droite et faire de l’éducation nationale une priorité nationale.

Comment lutter :

  • participer le plus nombreux possible à la mobilisation organisée le samedi 17 janvier 09 départ 14h30 de République RDV en tête de cortège
  • signer la pétition en ligne contre la suppression des RASED www.sauvonslesrased.org
  • distribuer  largement aux parents d’élèves plus particulièrement, mais pas uniquement, un courrier qui circule à signer et à renvoyer au ministère de l’éducation nationale